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La guerre de 1870

prussiensAu XIXe siècle, les mouvements nationaux et libéraux révolutionnent l'Europe et poussent les peuples à l'unité, les Italiens autour du royaume de Piémont et les Allemands autour du royaume de Prusse. L'expansion prussienne, révélée par la victoire de Sadowa en 1866 contre l'Autriche, inquiète Napoléon III qui va maladroitement s'y opposer. La rivalité franco-prussienne, exacerbée par la fameuse "Dépêche d'Ems" à propos de la succession d'Espagne (15 juillet 1870), éclate en conflit armée le 19 juillet 1870.

En six semaines, la guerre tourne au désastre pour l'armée française et provoque la chute du Second Empire après la prise de Sedan le 2 septembre 1870.

Le 4 septembre 1870, un gouvernement de Défense nationale est constitué et la République est proclamée. Mais la chute de Napoléon III ne changera rien à la volonté de Bismarck de poursuivre la guerre et d'annexer les territoires.

Le gouvernement provisoire, écartelé entre la guerre à la Prusse et "la Commune" ne permet pas la mise en place d'une défense nationale cohérente. La résistance à l'invasion va être l'œuvre de combattants volontaires et d'actes de bravoure isolés et voués à l'échec.

Le 18 janvier 1871 l'Empire Allemand est proclamé à Versailles. Le 29 janvier Paris capitule. Thiers, chef du Pouvoir exécutif signe les préliminaires de paix au nom de l'Assemblée Nationale élue le 8 février 1871 et réprime la "Commune de Paris". Le 10 mai 1871, le traité de Francfort est signé malgré l'opposition des députés Alsaciens et Lorrains. La France est occupée jusqu'au paiement d'une indemnité de guerre de 5 milliards de francs or et doit céder l'Alsace et le Nord de la Lorraine.

 

DEBORDEAUX ET POULETTE

Jules DEBORDEAUX

est né le 16 octobre 1843 à Eppes (Aisne).

Il a été fusillé à Pasly le 10 octobre 1870.

Il est inhumé au cimetière d'Eppes

 

Louis POULETTE

est né le 24 mai 1840

à Saint-Christophe-à-Berry (Aisne).

Il a été fusillé à Vauxbuin le 11 octobre 1870.

Il est inhumé au cimetière de Saint-Christophe-à-Berry.



Les Prussiens avaient commencé l'attaque de Soissons par la rive gauche de l'Aisne et s'étaient contentés d'occuper Crouy sur la rive droite. De la rive gauche de la Crise jusqu'à l'Aisne, 3 bataillons et 2 escadrons étaient sous les ordres du colonel de KROHN basé dans le château de Vauxbuin.

 

Le 8 octobre 1870

Afin de compléter l'investissement de la place (zone militaire française dans Soissons), ils tentent d'établir un pont sur l'Aisne à POMMIERS à l'aide de bateaux. Dans l'après-midi quelques soldats prussiens passèrent l'Aisne à l'aide d'une machine à 2 pontons et s'installèrent dans la ferme du château Rochemont. L'alarme fut vite donnée par les habitants qui voulaient défendre leur village. M. DESCHAMP, maire de Pasly se rendit aussitôt auprès du lieutenant-colonel de NOUE, commandant de la place pour le prévenir. Celui ci promis d'envoyer quelques gardes nationaux mais il fallait organiser la résistance en les attendant. Jules DEBORDEAUX, instituteur et sergent major de la garde nationale de Pasly, aidé par Louis POULETTE, instituteur de Vauxrezis et des gardes nationaux se rendirent sur place et tentèrent de les repousser, mais les renforts promis par le lieutenant-colonel n'arrivent pas et faute de munitions ils seront obligés d'abandonner le combat.

 

Le 9 octobre 1870

Ce dimanche à 3 h du matin, les prussiens au nombre de 1 500, franchissent l'Aisne à la hauteur de la ferme Rochemont et envahissent le village de Pommiers. Ils enfoncent les portes des maisons, saisissent armes de guerre et fusils de chasse et menacent d'incendier le village si les auteurs de cette résistance ne sont pas dénoncés. M. VAUVILLE, maire de Pommiers ainsi que l'instituteur HENRY et le curé MULET furent arrêtés et placés en garde à vue sous une pluie battante tout le temps que dura la perquisition.

En même temps, Pasly était envahi à son tour par un détachement de 100 hommes. MM. DESCHAMP et DEBORDEAUX se trouvaient devant l'école lorsque le colonel prussien demanda la liste des gardes nationaux de la commune à l'instituteur en lui appliquant 2 vigoureux soufflets sur les joues. Sous la menace de 2 armes, DEBORDEAUX s'exécuta et il dut même leur apporter les fusils et cartouches envoyés de Soissons. Les prussiens ignoraient, à ce moment là, que l'instituteur avait pris part au fait d'armes de Pommiers la veille.

 

Le 10 octobre 1870

Les 5 otages de Pommiers arrêtés la veille sont placés sur une charrette et allaient être conduit au château de Vauxbuin, quartier général des prussiens, lorsqu'un officier s'écria "qu'ils allaient les fusillier et incendier le village si les coupables ne sont pas découverts". C'est alors que 3 habitants de Pommiers, Joseph LECLERE, Jean BERTIN et Arthur ARNOULD égarés par la terreur que ces menaces leur inspiraient, dénoncèrent DEBORDEAUX et 2 de ces compagnons d'arme COURCY et PLANCHARD.

Ivre d'une joie féroce, les prussiens se rendirent aussitôt à Pasly où ils fouillèrent toutes les maisons, arrêtèrent DEBORDEAUX et le garde COURCY qui tentaient de s'enfuir. Quant à PLANCHARD il réussit à s'échapper. Présentés aux 3 accusateurs, qui confirmèrent leurs déclarations, l'officier prussien s'écria alors d'une voix forte "que l'on fusille ces 2 hommes sur la colline entre Pasly et Cuffies". Vingt minutes plus tard, les habitants de Pasly apprendront par les détonations que la sentence a été exécutée. Les cadavres mutilés furent abandonnés par les ennemis et ce ne fut que le lendemain que les habitants de Pasly osèrent leur donner la sépulture.

 

Le 11 octobre 1870

Après avoir dut assister au pillage de sa commune, les prussiens ordonnèrent à M. DECHAMPS, maire de Pasly, de les conduire à Vauxrezis. Ils s'arrêtèrent à la ferme du Mont de Pasly qu'ils pillèrent. A 3 h du matin ils arrivèrent à Vauxrezis où ils opèrèrent de nouveaux pillages. Un jeune ouvrier, Charles ODOT est massacré chez lui en défendant sa femme à laquelle les soldats tentaient de voler une somme de 50 F environ. Ils firent prisonnier Louis POULETTE, puis lui demandèrent la liste des gardes nationaux, mais pour déjouer les projets de vengeances des prussiens celui-ci avait pris soin de la détruire avant leur arrivée. Malheureusement, le garde champêtre POITTEVIN qui avait subtilisé une copie de cette lettre, la livra à l'ennemi et aggrava encore son crime en dénonçant, par esprit de vengeance, 2 gardes nationaux du village : LETOFFE et DEQUIREZ qui avaient combattu avec DEBORDEAUX au pont de Pommiers. Vers 10 h du matin, POULETTE, LETOFFE, DEQUIREZ et 24 otages de Vauxrezis furent arrêtés, entassés dans 5 charrettes et conduits directement au château de Vauxbuin pour y être jugés sous la présidence du lieutenant-colonel KROHN où se trouvaient déjà le maire et le curé de Pommiers.

Les prussiens séparèrent les captifs en 3 groupes. On enferma dans une pièce voisine l'abbé MULET, curé de Pommiers, avec M. DECHAMPS, maire de Pasly. On garda POULETTE, LETOFFE, DEQUIREZ devant le conseil de guerre et les autres otages furent placés à plat ventre sur la pelouse du parc imbibée d'eau par la pluie tombée dans la nuit. Des soldats, le fusil chargé les surveillaient et au moindre mouvement un coup de crosse les rappelait à l'immobilité. Pendant ce temps, on avait procédé au jugement des 3 accusés de Vauxrezis qui furent condamnés à mort. Malgré les supplications de l'abbé de commuer leur peine en emprisonnement à vie, l'exécution eut lieu à une cinquantaine de mètres du château. Après avoir été assistés par l'abbé MULET, ils furent successivement fusillés et les prussiens obligèrent les otages à enterrer les morts et à piétiner le sol qui les recouvrait. Après cette exécution, les otages de Pommiers furent libérés et les autres prisonniers enfermés dans les caves et tourelles du château jusqu'au 16 octobre date de la capitulation de Soissons. Ajoutons comme dernier détail, que ces faits s'accomplissaient à l'ombre du drapeau des ambulances internationales, arboré au dessus du château de Vauxbuin. Le pavillon blanc à croix rouge flottait au dessus des fosses qui contenaient les cadavres, percés de balles de l'instituteur de Vauxrezis et de ces compagnons.

 

Les 3 accusateurs de Pommiers sont passés en conseil de guerre et condamnés :

POITEVIN fut condamné à mort et exécuté.

Arthur ARNOULD fut condamné à mort, il eut sa peine commuée et fut déporté en Nouvelle Calédonie.

Joseph LECLERE et Jean BERTIN furent condamnés à 10 et 15 ans de travaux forcés.

 

Sur les lieux de l'exécution de DEBORDEAUX et COURCY, un monument a été érigé à l'initiative du maire de Pasly, du Conseil Général et du produit d'une souscription publique. Celui ci se trouve encore sur la plaine entre Pasly et Cuffies.

Jules DEBORDEAUX repose maintenant dans le cimetière de son village natal à Eppes.

A Vauxbuin, les tombes de POULETTE, LETOFFE et DEQUIREZ ont été surmontées d'un monument plus modeste grâce à la générosité du propriétaire du château.

Louis POULETTE repose maintenant dans le cimetière de son village natal à Saint-Christophe à Berry.

 

Merci à Daniel DA ROCHA de Mercin et Vaux pour le prêt des documents de cette page



 

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